Mon bureau est en réalité un placard. Je quitte la colonie a la fin du mois, dans quinze jours. En attendant, je ne fais rien, de neuf heures à dix sept heures. Au moment de la pause déjeuner, je fais quelque chose : je mange. Les fourmis mangent un sandwich les yeux sur l’écran et puis tentent de relâcher un peu de pression en prenant un café rapide debout, en riant nerveusement et en faisant des blagues stupides, avant de jeter les gobelets dans la poubelle comme s’ils leur brulaient les doigts. Je déjeune seule dans mon placard en lisant. Puis je vais me faire un thé et contempler un instant le silence hyperactif de l’open space. Ensuite je retrouve mon placard et mon ennui. Je lis. Je surfe un peu hasard sur Internet, au fil de mes recherches spontanées : ovni, potins, capitales du monde, confessions, concours de nouvelles, mythologies.
J’aime bien lire les blogs ou des gens qui se veulent glamour racontent leur vie sexuelle. Les descriptions de l’acte sont toujours bourrées de cliches et d’expressions toutes faites : « titiller les tétons », « ses couilles claquent sur mes fesses », « son gland contre mon palais ». Les quelques blogs qui échappent a cette invasion versent complètement dans le registre fleur bleue, a grand renfort de « bouton de rose », de « globes laiteux » et autres « septième ciel ». Le sexe est très difficile a décrire car ce n’est rien, juste un acte physique, avec une petite part de merveilleux, l’orgasme, qui nous porte a croire que l’on vit une expérience unique alors que cela s’apparente plus a un match de catch avec son bien aime. Ces quelques secondes de flottement, les yeux dans les yeux avec son vis-à-vis, nous font croire à la métaphysique. Peut-être ai je trop souffert par le passe, ou peut-être suis-je simplement hors sujet : je n’ai pas fait l’amour depuis cinq ans.
La guerre, je la fais tous les jours. Dans ma tête. J’écrase le crane de la Reine sous mes coups répétés, je mets un coup de pied dans la fourmilière. Mais dans les faits je somnole tout l’après midi. Je cherche du travail, aussi, mollement. A mon âge canonique de trente cinq ans, peu de choix s’offrent à moi. Secrétaire, personal assistant, réceptionniste, caissière. Pas des boulots horribles, simplement peu en accord avec mes diplômes. Ecole de commerce et licence d’histoire de l’art. L’utile et l’agréable. Au fond peu importe. Mes études, surtout ma licence, je l’ai faite d’abord pour moi, pas pour trouver un travail. Et si je serai moins payée hors de la colonie, mon bureau sera peut-être plus agréable, mes journées moins atones, mes poumons un peu plus emplis d’oxygène.