Lundi 11 août 2008

     L’air évolue en volutes dans la serre ou pianotent les petites fourmis consciencieuses. Il fait une chaleur à crever. Dans mon bureau, la petite plante en pot que j’ai apportée en janvier est morte en février, desséchée. Le ventilateur tourne à vide au dessus de ma tête. Je bois deux litres d’eau par jour. Je me mouille le front régulièrement et essuie les perles de sueur qui se forment sur ma lèvre supérieure. Suer, sueur, en sueur. Elle nous colle, nous suit partout. Tout le temps, nous suons. Puis nous nous essuyons. Puis nous nous douchons et nous mettons du déodorant. Mais rien n’y fait, dix minutes après la douche des auréoles se forment déjà et la moiteur revient.

 

Au bureau, c’est la fournaise du diable. Une fourmi s’est évanouie il y a trois jours, au moment le plus critique, après la pause déjeuner. Elle s’est soudain effondrée en avant, renversant l’écran de son ordinateur, sa tête s’écrasant sur le clavier. Les fourmis avoisinantes lèvent la tête, prennent un air affolé mais ne savent pas quoi faire. Moment de flottement dans l’open space. La fourmi tombée au combat reste immobile. Une de ses congénères se précipite enfin dans le couloir et crie « A l’aide ! Une fille fait un malaise ! » Deux personnes émergent de leur bureau : moi et le type du service informatique, qui accourt au côté de la fourmi évanouie. Il l’allonge en lui surélevant les pieds, demande de l’eau, lui mouille le visage, la fait boire un peu. Les fourmis alentour sont complètement hébétées, ont du mal à croire que quelque chose est réellement en train de se passer devant elles, qu’elles ne rêvent pas éveillées. Leur cerveau est tellement plein de données et de processus qu’il n’a pas encore compris ce qui se passe, qu’il n’a pas effectué le transfert vers la réalité. La fourmi revient à la vie, étonnée et honteuse. Elle bondit sur ses pieds et insiste pour reprendre immédiatement le travail. Elle remercie son sauveur sans le regarder, d’une petite voix embarrassée, comme si ce n’était vraiment pas la peine de lui sauver la vie comme ca en causant autant d’effervescence, en dérangeant autant ses camarades. Sauf que de ce côté là, pas d’inquiétude ; certains n’ont même pas bougé de leur siège, le regard fixé sur la ligne bleue des Alpes de leur fond d’écran, aussi implacables que la statue du Commandeur. La Reine ne s’est pas déplacée.

Par Aude Caylar - Publié dans : XxX
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