Mercredi 6 août 2008
         

        

Il y a des jours où je hais mon ordinateur. Oui, toi là-bas, avec ton écran ridiculement plat et tes touches au bruit de claquettes. Je te déteste. Tu es désespérément géométrique, rasoir, gris chiant. Tu ne me réponds jamais. Tu n’arrives pas à comprendre ce que je cherche, et tu trouves toujours quelque chose complètement a cote de la plaque. Tu me fais mal au dos, mal au cou, mal aux poignets, mal aux doigts nerveusement crispes autour de ta souris. Je vois trouble à cause de toi. J’ai des migraines et ma vue baisse. Mais ça tu t’en fous pas vrai ?

 

Tu t’en fous parce que tu sais très bien que ce que nous vivons est une « love/hate relationship » ; que je ne peux pas me passer de toi tout en te haïssant comme je n’ai jamais détesté personne. Quand tu bugges, je commence à hurler, mais quand je vois que tu fais semblant de ne pas entendre et restes muré dans ton silence, la culpabilité m’envahit. Je te cajole, te susurre des mots doux, te fais d’éternelles promesses que je ne tiendrai pas. « Si tu redémarres correctement je nettoierai ton clavier… » Mais tu n’écoutes rien ! C’est fini, je t’abandonne, je me désintéresse de ton sort ; puisse le réparateur du service informatique trouver quelque chose à aimer en toi et soyez heureux, tous les deux.

 

J’affecte de n’avoir rien à fiche que tu m’aies abandonnée, ah ça non. Pas question d’errer dans le couloir dans l’espoir d’avoir de tes nouvelles. Tu vois, je me passe très bien de toi. Et pourtant, à la seconde où j’entends que tout est terminé entre toi et ton mécano, je me précipite en tremblant vers toi, appuie sur le bouton « power » et tente avec anxiété de déchiffrer ton état d’esprit. M’aimes-tu encore un peu ? Es-tu prêt à m’accorder une nouvelle chance ? Oui, soulagement, le logo « Windows » apparait à l’écran, tu ronronnes de plaisir sous mes caresses, tout est de retour à la normale. Jusqu'à notre prochaine dispute.

 

Le réparateur est très compréhensif, heureusement. Il lève a peine un sourcil face à mes explications rendues confuses par la rage. Il me fait simplement sortir du bureau pendant qu’il s’occupe de mon bien aimé. Comment arrive-t-il, lui, à l’amadouer ? Mystère. Je n’ose pas demander par peur de briser le sortilège.

Par Aude Caylar - Publié dans : XxX
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